Le petit garçon, Umut-Talha (en turc "notre espoir") est né le 26 janvier par fécondation in vitro après un double diagnostic génétique pré-implantatoire (DPI) permettant le choix
des embryons.
Les spécialistes parlent de "bébé du double espoir" car les méthodes utilisées pour aboutir à sa naissance offrent aux parents à la fois l'espoir d'avoir un enfant qui ne souffrira
pas d'une grave maladie comme ses aînés et qui permettra aussi de soigner l'un d'entre eux.
Au cours d'une conférence de presse, le professeur Frydman, à l'origine de cette première française, a déploré "le maquis de précautions sur le plan législatif" qui contribue au
retard français dans ce domaine. "A force de vouloir mettre de l'idéologie sans cesse", cela "bloque les choses".
"Il nous faut une loi qui nous permette de développer l'innovation et la recherche pour améliorer la qualité des soins", a-t-il dit en évoquant les lourdeurs de la loi de
bioéthique dont l'examen devait débuter mardi après-midi à l'Assemblée nationale.
Il a également pointé les influences idéologiques à l'oeuvre qui font peser des "menaces" sur l'exercice de cette médecine de la procréation alors qu'on est dans un "état
laïc".
Le cardinal André Vingt-Trois, président de la Conférence des évêques de France, s'est déclaré "tout à fait opposé" à la conception de bébés-médicaments.
"Je salue bien sûr le prodige que constitue cette naissance", a-t-il dit, mais cela signifie qu'on va "utiliser quelqu'un au service exclusif de quelqu'un d'autre", que
"cet enfant est un instrument pour essayer de guérir un autre enfant". "Allons nous devenir des instruments ' J'y suis tout à fait opposé", a ajouté le prélat.
La présidente du Parti chrétien-démocrate (PCD), Christine Boutin, a également dénoncé une "instrumentalisation de la personne".
"On a franchi un pas excessivement grave. Avec un tel +progrès+, l'homme devient un objet de consommation et un matériau", a jugé Mme Boutin demandant "au politique de se
saisir de la question et d'empêcher que des personnes humaines soient traitées comme des sous-hommes".
Grâce à une procédure de double DPI, l'enfant né à l'hôpital Antoine Béclère (Clamart) a permis à ses parents d'avoir un enfant en bonne santé, mais qui permettra aussi, avec le sang de son
cordon ombilical, de soigner sa soeur aînée atteinte d'une maladie génétique grave, la bêta-thalassémie.
Au delà de cette naissance pour l'instant exceptionnelle de "bébé-médicament", le diagnostic pré-implantatoire (DPI), après fécondation in vitro, sert simplement à détecter des
maladies extrêmement graves afin de permettre aux parents d'espèrer un bébé qui en soit indemne.
Trois centres sont autorisés en France à faire des DPI par l'Agence de la Biomédecine.
"Cela fait dix ans que l'on fait du DPI - 165 enfants sont nés grâce au DPI (leur évitant de voir le jour avec des maladies telles que la mucoviscidose, l'amyotrophie spinale, des
maladies mitochondriales, de l'X fragile, des maladies amyloïdes du foie, des translocations chromosomiques...) dans notre centre" Béclère-Necker, selon le professeur Frydman.
"Treize autres sont en route", a-t-il indiqué.
Par AFP
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